Publié le 01/07/2020

Appel à communications/Call for papers

Prescriptions, injonctions, et choix alimentaires – Approche pluridisciplinaire

 

Colloque de l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation

Tours (France) - 2-4 décembre 2021

 

L’alimentation des hommes est régie par les possibilités des écosystèmes et conditionnée par des normes économiques et sociales, culturelles et religieuses, sanitaires et médicales, etc… Les pratiques alimentaires des humains s’inscrivent donc nécessairement dans des limites et opportunités qui peuvent être intériorisées, subies ou revendiquées. Peut-on dès lors parler de choix ?

Et quelle est la nature des règles qui instruisent ces usages ? Sont-elles des formes d’injonctions, de prescriptions, de simples conseils ? S’imposent-elles d’elles-mêmes ? Et si non, quelles en sont les instances ordonnatrices ? Dans quelles mesures les temporalités, les lieux et les espaces influent-ils sur leur élaboration ? Dans le monde globalisé du 21e siècle où coexistent l’abondance alimentaire parfois source de pathologies et la malnutrition chronique menaçant l’existence de certains, comment se hiérarchisent et se matérialisent les besoins alimentaires de chacun en fonction de ces possibilités ?

Ces injonctions, ces choix alimentaires, par ailleurs, font l’objet de représentations, dans les arts et les lettres en particulier, qui donnent à voir la lecture que les contemporains ont pu en faire et participent à leur tour à leur élaboration comme à leur diffusion.

C’est cet ensemble de questions et de réflexions non limitatives que nous nous proposons d’analyser dans un colloque qui souhaite réunir des participants de tous horizons, venus de disciplines différentes, aussi bien des sciences sociales et des humanités que des sciences de la vie, ou de la biomédecine.

 

À titre d’exemples, sous l’intitulé de cette manifestation, nombre de thématiques pourraient être abordées : les lois somptuaires ; les prescriptions et les interdits religieux ; la pureté et les contaminations (passé et présent) ; l’obligation du manger sain aujourd’hui ; la notion de sobriété ou inversement du partage de libations ; les contraintes réelles ou ressenties ; des régimes alimentaires ; la vie alimentaire en famille et ses règles ; la limitation du gaspillage alimentaire et le souci de la planète et du bien-être animal ; le nutriscore et ses évaluations ; la malnutrition comme maladie, etc…

 

Les questionnements de l’historien lorsqu’ils s’attachent au temps long, porteront sur l’origine des pratiques alimentaires contraintes, en cherchant à appréhender leur raison initiale et à retracer l’itinéraire de certains processus oubliés, mais que leur persistance trahit sans qu’on puisse les expliciter. Les sources archivistiques et textuelles sur lesquelles s’appuient les travaux historiques fournissent un riche ensemble de données, mais pour cette thématique, il s’agira de procéder avec prudence afin de démêler la réalité des pratiques dans l’écheveau des normes qui les sous-tendent.

L’exemple des usages de civilité et des comportements considérés comme moralement justes, tels qu’ils sont rapportés par les traités de bonnes manières et les bréviaires de tous ordres, est éclairant à ce propos : dans quelle mesure l’idéal de modération et de contrôle de soi fut-il mis en œuvre et réalisé par les mangeurs qui y étaient soumis ? Et à quels groupes les hommes contraints par des règles strictes appartenaient-ils ? Sur ce point, la prise en compte de l’articulation entre le collectif et le privé (l’individuel) est essentielle. La liberté que chacun s’autorise à prendre, seul ou en compagnie, vis à vis d’instructions auxquelles sa communauté – représentée par la majorité – est censée se conformer, est-elle entière ?

Par ailleurs les comportements alimentaires constituant des marqueurs d’appartenance à des groupes, il sera intéressant de suivre au long cours les cheminements de ces pratiques discriminantes avec leurs survivances, leurs évolutions, leurs recréations, voire leurs inventions. Les vegans d’aujourd’hui sont-ils les végétaliens d’autrefois ? Pour ces questions reposant sur une connexion entre le passé et le présent, l’enquête historique peut être l’un des outils de la recherche à mener.

Prescriptions, injonctions et choix alimentaires se conçoivent aussi, plus que jamais, dans la relation aux médias, si ce n’est sous leur influence. Une circulation permanente des discours, sous les traits de l’expertise, du conseil, de la critique, du témoignage (les blogs désormais). Dans les relais entre discours institutionnels (programmes nationaux, communication des organisations) et discours médiatiques (journalistique, publicitaire, documentaire), personne ne peut ignorer, par exemple, la recommandation des « 5 fruits et légumes par jour » ou les formules du manger sain, équilibré, pour notre santé. Il s’agit déjà de trouver l’équilibre… de la formule, entre santé et plaisir, quitte à s’exposer aux injonctions contradictoires. Notamment dans les tensions entre la séduction des discours industriels et marchands et les marchandages perpétuels entre parents et enfants : « si tu manges …alors tu pourras ». Une morale alimentaire prise dans le tourbillon des influences médiatiques et les tensions entre le social, le politique, le culturel, le marchand, l’imaginaire aussi, de ce corps de prescriptions alimentaires.

Pour tout complément d’information, contacter Loïc Bienassis : loic.bienassis@iehca.eu

 

Les communications pourront être présentées en français ou en anglais. 

 

Les propositions devront comprendre :

  • Le titre de la communication
  • Un résumé de 250 mots
  • Un bref CV

Elles sont à adresser à Loïc Bienassis et Françoise Sabban : loic.bienassis@iehca.eu ; francoise.sabban@ehess.fr

La date limite d’envoi est fixée au 15 novembre 2020.

 

Comité scientifique du Colloque :

Catherine Beaumont (INRA, Tours, France)

Loïc Bienassis (IEHCA, Tours, France)

Jean-Jacques Boutaud (Université de Bourgogne, Dijon, France)

Diana Cardenas Braz (Université El Bosque, Bogotá, Colombie).

Régis Hankard (Université de Tours, France)

Nathalie Peyrebonne (Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris 3, France)

Françoise Sabban (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, France)

Carmen Soares (Université de Coimbra, Portugal)